La griesche d’hiver — Rutebeuf

 

Poèmes de l’infortune
et autres poèmes

Rutebeuf
Poésie Gallimard, 1986
Edition dirigée par Jean Dufournet

Poèmes de l'infortune, Rutebeuf

Je vais aujourd’hui, après ce long billet sur Calvino, vous proposer une rubrique un peu plus légère que d’habitude puisqu’il s’agira de lire en écoutant, d’écouter en lisant, ou séparément, ou ni l’un ni l’autre, au choix… de toute façon, comme d’habitude, vous faites ce qui vous plaira par ici.

Menu

J’ai pensé, pour nous dépayser; que nous pourrions partir loin, loin en arrière, au fin fond du Moyen-Âge, quelque part en plein milieu du XIIIe siècle, et découvrir un morceau de poésie médiévale. Voici donc le menu.

Entrée

Voici pour commencer le texte originel en ancien français de Rutebeuf, intulé La griesche d’hiver. Vous pouvez choisir d’afficher à la place une traduction en français moderne de mon cru (dur dur de se remettre à l’ancien français après 10 ans d’inactivité, la traduction m’a été un peu difficile malgré la traduction littérale que l’on trouve ici).

Plat principal

Au dessous je vous laisse (re-)découvrir le texte profondément remanié, traduit en français (presque) moderne tel que le proposa Léo Ferré en 1955 avec cette magnifique chanson intitulée Pauvre Rutebeuf.

Dessert

Non pour distraire, mais pour enrichir, j’ai fait une sélection musicale assez exhaustive d’interprètes ayant chanté ce Pauvre Rutebeuf… Il y en a pour tout les goûts, à chacun de choisir la mignardise à sa convenance ou de les avaler toutes si vous êtes gourmand.

Voilà le menu est servi : à vous de déguster…


Ci encou­mence li diz de la Griesche D’Yver

Contre le tenz qu’aubres def­fuelle,
Qu’il ne remaint en branche fuelle
Qui n’aut a terre,
Por povre­tei qui moi aterre,
Qui de toute part me muet guerre,
Contre l’yver,
Dont mout me sont chan­gié li ver,
Mon dit com­mence trop diver
De povre estoire.
Povre sens et povre memoire
M’a Diex donei, li rois de gloire,
Et povre rente,
Et froit au cul quant byze vente:
Li vens me vient, li vens m’esvente
Et trop sou­vent
Plu­sors foïes sent le vent.
Bien le m’ot griesche en couvent
Quanque me livre:
Bien me paie, bien me delivre,
Contre le sout me rent la livre
De grand poverte.
Povre­teiz est sus moi reverte:
Toz jors m’en est la porte overte,
Toz jors i sui
Ne nule fois ne m’en eschui.
Par pluie muel, par chaut essui:
Ci at riche home!
Je ne dor que le pre­mier soume.
De mon avoir ne sai la soume,
Qu’il n’i at point.
Diex me fait le tens si a point,
Noire mouche en estei me point,
En yver blanche.
Ausi sui con l’ozière franche
Ou com li oiziaux seur la branche:
En estei chante,
En yver pleure et me gai­mente,
Et me des­poille ausi com l’ante
Au pre­mier giel.
En moi n’at ne venin ne fiel:
Il ne me remaint rien souz ciel,
Tout va sa voie.
Li enviauz que je savoie
M’ont avoié quanque j’avoie
Et fors voiié,
Et fors de voie des­voiié.
Foux enviaus ai envoiié,
Or m’en sou­vient.
Or voi ge bien tot va, tot vient,
Tout venir, tout aleir convient,
Fors que bien­fait.
Li dei que li decier on fait
M’ont de ma robe tot des­fait,
Li dei m’ocient,
Li dei m’agaitent et espient,
Li dei m’assaillent et des­fient,
Ce poize moi.
Je n’en puis mais se je m’esmai:
Ne voi venir avril ne mai,
Veiz ci la glace.
Or sui entreiz en male trace.
Li traÿ­teur de pute estrace
M’ont mis sens robe.
Li siecles est si plains de lobe!
Qui auques a si fait le gobe;
Et ge que fais,
Qui de povre­tei sent le fais?
Griesche ne me lait en pais,
Mout me des­roie,
Mout m’assaut et mout me guer­roie;
Jamais de cest mal ne gar­roie
Par teil mar­chié.
Trop ai en mau­vais leu mar­chié.
Li dei m’ont pris et empes­chié:
Je les claim quite!
Foux est qu’a lor consoil abite:
De sa dete pas ne s’aquite,
Ansois s’encombre;
De jor en jor acroit le nombre.
En estei ne quiert il pas l’ombre
Ne froide chambre,
Que nu li sunt sou­vent li membre,
Mais lou sien pleure.
Griesche li at corru seure,
Des­nuei l’at en petit d’eure,
Et nuns ne l’ainme.
Cil qui devant cou­sin le claime
Li dist en riant: « Ci faut traime
Par leche­rie.
Foi que tu doiz sainte Marie,
Car vai or en la dra­pe­rie
Dou drap acroire,
Se li dra­piers ne t’en wet croire,
Si t’en revai droit à la foire
Et vai au Change.
Se tu jures saint Michiel l’ange
Qu’il n’at sor toi ne lin ne lange
Ou ait argent,
Hon te ver­rat moult biau ser­gent,
Bien t’aparsoveront la gent:
Creüz seras.
Quant d’ilecques te par­ti­ras,
Argent ou faille enpor­te­ras. »
» Or ai ma paie.
Ensi chas­cuns vers moi s’espaie,
Si n’en puis mais.

Le démon de l’hiver

Avec le temps, l’arbre a perdu ses feuilles,
Si bien que sur la branche il n’en reste plus une feuille
Qui ne puisse tom­ber à terre,
La pau­vreté aussi m’a jeté à terre,
Et de toute part m’a fait la guerre,
Avec l’hiver,
Qui a changé le sens de mes vers,
Ma chan­son com­mence, c’est étrange,
Avec une pauvre his­toire.
Dieu m’a donné, ce roi de gloire,
Peu de bon sens et de mémoire,
Une maigre rente,
Me geler le cul quand il vente,
Le vent me vient, le vent m’évente
Et trop sou­vent,
Bien trop sou­vent, je sens ce vent.
Le démon du jeu me l’avait bien dit
avec toutes ses pro­messes :
Il me paye bien, il me sou­lage de mes biens,
Contre l’argent il me pro­met
Une grande pau­vreté.
La pau­vreté s’est abat­tue sur moi.
Me lais­sant sans cesse sa porte ouverte,
Tou­jours j’y suis,
Sans autre issue,
Mouillé par la pluie, séché par le soleil,
Eh me voilà riche!
Je dors peu.
Je ne me sou­cis pas de mes richesses,
Car je n’en ai pas.
Dieu m’arrange le temps de telle sorte
Qu’en été la mouche noire me pique,
Et en hiver c’est la blanche.
Je suis aussi libre que l’osier
Ou que les oiseaux sur la branche:
L’été je peux chan­ter,
L’hiver je peux pleu­rer et me plaindre
Et perdre mes feuilles tout comme l’arbre
Au pre­mier gel.
Je ne garde ni venin ni fiel,
Pas même un sou­ve­nir sous le ciel,
Tout s’en va.
Les plai­sirs que j’ai connus
Ont dévoré tout que j’avais,
M’ont four­voyé
Et dévié du bon che­min,
Je me suis jeté dans les plai­sirs mal­sains
Main­te­nant je m’en sou­viens.
Main­te­nant je vois bien : ça va, ça vient :
Tout arrive, tout repart
sauf les bien­faits.
Les dés ainsi faits
M’ont mis à poil;
Les dés me tuent,
Les dés me guettent et m’épient.
Les dés m’assaillent et me défient,
C’est très pesant.
Je n’en peux plus, je m’énerve:
Je ne vois venir ni avril, ni mai,
Mais la glace.
Je suis dans l’ornière,
Où les traîtres, les fils de pute
M’ont laissé sans vête­ment.
Le siècle est rem­pli de super­che­rie !
Le nan­tis se goinfre.
Et moi, qu’est-ce que je fais,
Moi qui peut pal­per la pau­vreté?
Le démon du jeu ne me laisse pas en paix,
Il ne cesse de me har­ce­ler,
De m’assaillir, sans cesse, de me com­battre,
Dans ces condi­tions,
Jamais je ne pour­rai gué­rir de ce mal,
J’ai mis les pieds dans trop de lieux mal famés,
Les dés m’ont pos­sédé et empri­sonné:
Je les implore de me libé­rer.
Fous, celui qui suit leur conseil,
Celui qui ne paye pas ses dettes,
Mais au contraire les accu­mulent.
Et, de jour en jour, en aug­mente le nombre.
En été, il ne cherche ni l’ombre,
Ni la frai­cheur de la chambre,
Car ses membres sont sou­vent nus,
Il ne se sou­cie pas des souf­frances de son pro­chain,
Car il pleure les siennes.
Le démon du jeu s’est abattu sur lui,
L’a dénudé en peu de temps,
Et per­sonne ne l’aime.
Celui qui l’appelait, haut et fort, cou­sin
Dit en riant : « Ici il faut agir
Avec per­fi­die.
Avec la foi que tu portes à sainte Marie,
Cours, va direc­te­ment à la dra­pe­rie
Pour avoir du drap à cré­dit.
Si le dra­pier te le refuse,
Va droit à la foire
Et va au Change.
Si tu jures par l’Ange saint Michel
Que tu n’as sur toi ni lin ni lange,
Où il y a de l’argent,
On te verra en très beau ser­gent,
Les gens te trou­ve­ront bien,
Tu auras du cré­dit.
Quand tu repar­ti­ras d’ici,
Tu empor­te­ras soit de l’argent soit la faillite. »
Main­te­nant, il a sa paie.
Ainsi cha­cun se satis­fait à mon compte:
Je n’en peux plus.

Pauvre Rute­beuf

Que sont mes amis deve­nus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clair­se­més
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte
Et il ven­tait devant ma porte
Les emporta.

Avec le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec pau­vreté qui m’atterre
Qui de par­tout me fait la guerre
Au temps d’hiver.
Ne convient pas que vous raconte
Com­ment je me suis mis à honte
En quelle manière.

Que sont mes amis deve­nus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clair­se­més
Je crois le vent les a ôtés
L’amour est morte.
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m’était à venir
M’est avenu.

Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient le vent m’évente
L’amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ven­tait devant ma porte
Les emporta.

L’espérance de len­de­main
Ce sont mes fêtes.

 

Léo Ferré (en public)
Jacques Drouai
Marc Oge­ret
Marc et André
Nana Mous­kouri
Joan Baez
Hugues Aufray
Cathe­rine Sau­vage
Phi­lippe Léo­tard
Gamine

11 Comments La griesche d’hiver — Rutebeuf

  1. ekwerkwe

    Je ne connaissais pas Ruteboeuf, si ce n’est de nom. Alors merci pour cette intéressante et atypique façon de le rencontrer.

    J’ai commencé ta traduction (qui sonne de façon tout à fait honnête). Le texte original, lui, a un rythme propre qui ressort d’autant mieux que je n’y comprends rien, et il s’en dégage le même genre de beauté que la météo marine: des mots épars qui lancent l’imagination.
    J’aime.

    Autre chose. Je trouve étrange que tous ces chanteurs aient repris la version de Ferré: c’est comme si le texte de Ruteboeuf s’était effacé derrière la chanson. Un palymseste historique?
    J’aime cette réinterprétation du texte d’origine, ceci dit, malgré l’affadissement, mais c’était probablement nécessaire.
    Par contre, est-ce que ça vient de moi ou est-ce que Ferré s’est un peu beaucoup inspiré de Villon (dont l’oeuvre est peut-être plus connue du Français moyen)?

    (Grosse préférence pour ma part pour la version de Philippe Leotard, sa voix triste et râpeuse, empathique.)

  2. Sébastien

    Ferré on le voit bien a plus que largement adapté le texte de Rutebeuf en prenant ici et là des phrases qui dans La griesche d’hiver, qui dans la Complainte de Rutebeuf (que je n’ai pas mis ici alors que c’est la plus grosse inspiration de Ferrré).
    Cette complainte s’intitule exactement : « Ici commence la complainte de Rutbeuf et de son oeil » et j’en mets un extrait en ancien français (sans traduction) à la fin de ce commentaire.

    En effet on peut considérer que la chanson de Ferré un palimpseste (historique oui ça me plait ça !) et en même temps une sorte de Reader Digest du texte de Rutebeuf. C’est aussi pourquoi je pense que les interprète à la suite de Ferré ont choisi son condensé (que l’on voit parfois attribué tel quel à Rutebeuf sur le net, dont ton assertion est vraie, le texte contemporain a pris le dessus sur l’original) plutôt que de retravailler à partir du texte original.

    Pour ce qui est de l’influence de Villon, en fait, malgré le siècle et demi qui les sépare, il y a une certaine ressemblance thématique avec Rutebeuf :
    – Contrairement à la chanson de geste qui chante au XIIIe siècle les valeurs courtoises, Rutebeuf « se fait gravement l’écho de la faiblesse humaine, de l’incertitude et de la pauvreté ». Villon, lui, « traduit le trouble et la violence de cette époque ».
    Et puis aussi comme tu le soulignes, cet écho vient surtout du fait qu’on connaît davantage Villon et sa Ballade des pendus (qui inspire peut-être lui le Bal de Laze de Michel Polnareff).

    Même préférence que toi, en dehors de celle de Ferré dont je reste inconditionnel. D’ailleurs j’adore l’oeuvre chantée de Léotard. En 3e position j’y mettrais Catherine Sauvage. Par contre je trouve qu’Hugues aurait vraiment du s’asbtenir.

    « Ci encoumence la complainte Rutebuef de son oeul
    Ne covient pas je vos raconte
    Coument je me sui mis a hunte,
    Quar bien aveiz oï le conte
    En queil meniere
    Je pris ma fame darreniere,
    Qui bele ne gente nen iere.
    Lors nasqui painne
    Qui dura plus d’une semainne,
    Qu’el coumensa en lune plainne.
    Or entendeiz,
    Vos qui rime me demandeiz,
    Coument je me sui amendeiz
    De fame panrre.
    Je n’ai qu’engagier ne que vendre,
    Que j’ai tant eü a entendre
    Et tant a faire,
    Et tant d’anui et de contraire,
    Car, qui le vos vauroit retraire,
    Il durroit trop.
    Diex m’a fait compaignon a Job:
    Il m’a tolu a un sol cop
    Quanque j’avoie.
    De l’ueil destre, dont miex veoie,
    Ne voi ge pas aleir la voie
    Ne moi conduire.
    Ci at doleur dolante et dure,
    Qu’endroit meidi m’est nuit oscure
    De celui eul.
    Or n’ai ge pas quanque je weil,
    Ainz sui dolanz et si me dueil
    Parfondement,
    C’or sui en grant afondement
    Ce par ceulz n’ai relevement
    Qui jusque ci
    M’ont secorru, la lor merci.
    Moult ai le cuer triste et marri
    De cest mehaing,
    Car je n’i voi pas mon gaaing.
    Or n’ai je pas quanque je aing:
    C’est mes damaiges.
    Ne sai ce s’a fait mes outrages.
    Or devanrrai sobres et sages
    Aprés le fait
    Et me garderai de forfait.
    Mais ce que vaut quant c’est ja fait?
    Tart sui meüz.
    A tart me sui aparceüz
    Quant je sui en mes laz cheüz
    Ce premier an.
    Me gart cil Diex en mon droit san
    Qui por nous ot poinne et ahan,
    Et me gart l’arme!
    Or a d’enfant geü ma fame;
    Mes chevaux ot brizié la jambe
    A une lice;
    Or wet de l’argent ma norrice,
    Qui m’en destraint et m’en pelice
    Por l’enfant paistre,
    Ou il revanrra braire en l’aitre.
    Cil sire Diex qui le fit naitre
    Li doint chevance
    Et li envoit sa soutenance,
    Et me doint ancor alijance
    Qu’aidier li puisse,
    Et que miex son vivre li truisse,
    Et que miex mon hosteil conduisse
    Que je ne fais.
    Ce je m’esmai, je n’en puis mais,
    Car je n’ai douzainne ne fais,
    En ma maison,
    De buche por ceste saison.
    Si esbahiz ne fu nunz hom
    Com je sui voir,
    C’onques ne fui a mainz d’avoir.
    Mes hostes wet l’argent avoir
    De son hosteil,
    Et j’en ai presque tout ostei,
    Et si me sunt nu li costei
    Contre l’iver,
    Dont mout me sunt changié li ver
    (Cist mot me sunt dur et diver)
    Envers antan.
    Par poi n’afoul quant g’i enten.
    Ne m’estuet pas tenneir en ten;
    Car le resvuoil
    Me tenne asseiz quant je m’esvuoil;
    Si ne sai, se je dor ou voil
    Ou se je pens,
    Queil part je panrrai mon despens
    De quoi passeir puisse cest tens:
    Teil siecle ai gié.
    Mei gage sunt tuit engaigié
    Et d’enchiez moi desmenagiei,
    Car g’ai geü
    Trois mois, que nelui n’ai veü.
    Ma fame ra enfant eü,
    C’un mois entier
    Me ra geü sor le chantier.
    Ge [me] gisoie endementier
    En l’autre lit,
    Ou j’avoie pou de delit.
    Onques mais moins ne m’abelit
    Gesirs que lors,
    Car j’en sui de mon avoir fors
    Et s’en sui mehaigniez dou cors
    Jusqu’au fenir.
    Li mal ne seivent seul venir;
    Tout ce m’estoit a avenir,
    C’est avenu.
    Que sunt mi ami devenu
    Que j’avoie si pres tenu
    Et tant amei?
    Je cuit qu’il sunt trop cleir semei;
    Il ne furent pas bien femei,
    Si sunt failli.
    Iteil ami m’ont mal bailli,
    C’onques, tant com Diex m’assailli
    E[n] maint costei,
    N’en vi .I. soul en mon ostei.
    Je cui li vens les m’at ostei,
    L’amours est morte:
    Se sont ami que vens enporte,
    Et il ventoit devant ma porte,
    Ces enporta,

    […]
    L’esperance de l’andemain,
    Si sunt mes festes. »

    On trouve le texte in extenso en ancien français sur Gallica

  3. Sébastien

    Ah oui une autre anecdote à propos de cette chanson et c’est Ferré qui la raconte (je n’ai plus la référence par contre) :
    « La poésie est dans la rue, avec la musique et grâce à la musique. En 1956, j’avais enregistré un disque avec entre autres, Pauvre Rutebeuf, ce poète du XIIIème siècle. Un matin, allant faire mes commissions à Neuilly, j’habitais sur la frontière Porte Maillot, il y avait un chauffeur de camion arrêté. Quand il m’a vu, il s’est penché par sa portière et m’a dit : « Léo, quand est-ce que tu nous chanteras le « pauvre boeuf » à la télévision ? » Je me suis bien gardé de rectifier en me disant : « Un jour, tu sauras toi-même que Rutebeuf n’était pas un « boeuf ». C’est çà, la connaissance… La Culture…dans le coeur… »

  4. sylvie

    Encore une play list à découvrir ! Super,décidément, je suis partie pour une longue soirée en chanson, à tout à l’heure, donc, quand je pourrai faire du bruit 😉

  5. sylvie

    euh… L’araignée là, c’est au hasard qu’elle m’a été attribuée ? Fait comment ek. pour avoir une image ?

  6. ekwerkwe

    > Sylvie

    Tout à fait au hasard, Gravatar m’a attribué un ange…
    😉
    Nan, en fait, c’est moi qui ai paramétré mon profil wordpress (tout comme tu as un joli coquelicot sur tous les blogspots).

  7. InFolio

    Afin de ne pas laisser ce commentaire perdu sur un mail :
    joan baez et Ruteboeuf. Très mélancolique, alors que le texte (lu deux lignes en VO et vite passé en VF) d’origine est plus violent et vindicatif par certains aspects…
    étrange comme cet arrangement musical et ces paroles me font songer à « Ballade en novembre » de Anne Vanderlove…(http://www.paroles.net/chanson/11339.1).
    Une version de Léotard, juste pour changer de voix avec une version plus rocailleuse.

  8. Sébastien

    Le texte de Rutebeuf est violent comme l’est la vie souvent avec ceux qui vivent dans une certaine marge de la société, soit qu’ils l’ont choisi soit que la vie les y a poussé. En ce sens on peut constater que notre société n’a guère évolué depuis le moyen age, et que cela devrait nous questionner davantage. Le texte de Ferré centre la problématique du texte sur la solitude, sur l’abandon affectif et misérable que l’on vit quand tout a basculé et que sa vie se délite… Ce n’est pas très joyeux non plus mais en même temps c’est aussi toujours contemporain ce mal-être. Les textes passent et malgré nos agitations notre société paraît impassible.

  9. Jérôme

    Merci pour toutes ces explications passionnantes. Mais j’ajouterai une très belle version chantée : celle, contre toute attente, de Didier Barbelivien, dans son album Léo, en hommage à Ferré…

Ecrire dans les marges