« Amor mío, si muero… » — Pablo Neruda

La centaine d’amour

Pablo Neruda
Editions Gallimard

Centaine d'amour, Pablo Néruda, Editions Gallimard

Traduire est un exercice salutaire pour qui aime la langue. J’ai toujours été « mauvais » en cours de langue mais j’ai toujours aimé traduire. Des poèmes, des chansons. C’est une manière nouvelle d’aborder sa propre langue dans son étrangeté. Se désabriter de sa propre langue pour y laisser pénétrer le soleil d’une langue qu’on ne reconnaît pas comme maternelle : un interstice que le sens porte en lui comme un vent universel.

Voici ma modeste traduction de ce poème d’amour magnifique. Celle-ci n’engage que moi, bien évidemment.


Amor mío, si muero y tú no mueres,
amor mío, si mueres y no muero,
no demos al dolor más territorio :
no hay extensión como la que vivimos.

Polvo en el trigo, arena en las arenas,
el tiempo, el agua errante, el viento vago
nos llevó como grano navegante.
Pudimos no encontrarnos en el tiempo.

Esta pardera en que nos encontramos,
oh pequeño infinito ! Devolvemos.
Pero este amor, amor, no ha terminado,

y así como no tuvo naciemiento.
no tiene muerte, es como un largo río,
sólo cambia de tierras y de labios.

Mon amour, si je meurs et que tu ne meurs pas,
Mon amour, si tu meurs et que je ne meurs pas,
Ne concédons à la douleur aucun terrain :
Nulle étendue n’égale ce que nous vivons.

Poussière sur le blé, grain de sable parmi le sable,
le temps, l’eau errante, le vent vague
nous pousse comme une graine à la dérive.
En cet instant, nous aurions pu jamais nous rencontrer.

Pourtant dans cette prairie, nous nous rencontrons,
Oh infini petit ! Nous y revenons sans cesse.
Mais cet amour, mon amour, n’a de terme,

Et de même qu’il ne trouve aucune origine,
Il n’a pas de fin, tel un long fleuve
Qui changerait seulement de terres et de lèvres


Et comme un poème n’a de raison que dans la vibration du souffle qui l’éveille à la vie, pleine de terres et de lèvres voici la version – magnifique – d’Angélique Ionatos.

1 Comment « Amor mío, si muero… » — Pablo Neruda

  1. Berce

    Très beau poème et troublante version d’Angélique Ionatos.
    C’est en effet une expérience de choix de s’immerger dans une autre langue pour revenir vers la sienne, peut-être pour mieux s’en saisir ou encore y retrouver le mystère des mots entendus pour la première fois!

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