Guillaume Toumanian

Photos prise en mars dernier dans les Deux-Sèvres par un dimanche ensoleillé

Ayant vu, au début du printemps, l’exposition de Guillaume Toumanian, il semblerait que sa peinture m’ait donné des envie d’images en mouvement, de vitesse prise sur le vif, dans une sorte de contradiction qui, intellectuellement, paraît complètement irréelle (ou pour le moins absente du champ de l’expérience du réel telle qu’on se la figure) mais qui, à la réflexion, est une sensation familière, une perception déjà ressentie. L’homme se déplace. De plus en plus vite. En auto, en train, en avion… Mais sa perception rétinienne, elle, ne s’accroît pas proportionnellement. A vrai dire nous avons la rétine à la mesure de nos pieds, de nos pas. Entre le 24 et le 45. Nous pourrions faire des films à 1000 images/seconde que nous n’y verrions que du feu. Peut-être même ressentirions nous un malaise face à un trop plein d’images, une saturation d’informations indigestes. Peut-être que l’homo-numericus de 22e siècle connaîtra une mutation de son organe visuel dans ce sens, mais pour le moment la vitesse croissante nous conduit à percevoir le monde dans une grande distorsion, une élasticité inquiétante, comme si le monde coulait. Pas comme un navire, non mais comme coule la peinture en surplus. La coulure est une larme qui s’échappe de la toile et qui s’affranchit de son peintre. C’est d’ailleurs ce pleur que je n’ai pas pu fixer véritablement sur les capteurs numériques du Canon qu’on m’avait prêté. Le monde fond, se dilue, vibre mais ne pleure pas.

Guillaume Toumanian
Reflet II / 150 x 200 cm / Huile sur toile / 2013 /

De la peinture de Guillaume Toumanian se dégage toujours quelque chose d’aqueux, une liquidité de la perception : ce qui contraste énormément avec les moyens mis en œuvre, car la matière est importante sur la toile, elle en revigore les aspérités du paysage qu’elle embrasse, elle lacère et troue la toile, elle en projette des ombres… J’éprouve un sentiment contradictoire en présence de ses œuvres, quelque chose qui me fait penser à Bachelard et à sa théorie sur les eaux dormantes. Les eaux dormantes, selon lui, peuvent être perçues comme apaisantes (en réminiscence du liquide fœtale) ou absolument angoissantes, mortifères. Les eaux dormantes, c’est le dernier lit d’Ophélie : un lit de morte endormie, un tombeau naturel sublimé où la mort s’enveloppe d’une esthétique ambivalente par laquelle le sentiment de terreur qu’inspire naturellement la mort inexorable (qui suit son cours comme l’eau de la rivière) est contrebalancé par l’apaisement de l’endormissement, mais aussi par le sentiment d’avoir retrouvé une place harmonieuse au sein de la nature. Les peintures de Guillaume ont, je trouve, une troublante capacité à ophéliser la perception du monde, à lui donner un côté spectrale, mi-présent, mi-rêvé, à ralentir à l’extrême la fulgurance du monde en marche. Ses peintures sont hypnotiques : on les contemple comme si on sortait juste du sommeil et qu’on ne sait pas très bien ce qui vient de heurter de plein fouet notre rétine, si ce n’est cette sensation de vitesse qui fait marcher notre monde et qui ne parvient pas à se fixer raisonnablement au fond des yeux.

Guillaume Toumanian
Lisière III / 33 x 41 cm / Huile sur toile / 2013 /

Je vous laisse en compagnie du peintre, interviewé et filmé par Justine Adenis avant son exposition à la Médiathèque du Bois fleuri.


Atelier de Guillaume Toumanian from Justine Adenis on Vimeo.

 

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2 Comments Guillaume Toumanian

  1. berce

    Une vision très juste de l’artiste et de son travail. L’idée de la peinture s’affranchissant de son peintre peut paraître une image d’Epinale, mais c’est pourtant là le point de départ de toute œuvre et de tout travail. La maîtrise permet uniquement à l’artiste de franchir un pas de plus vers une autre forme de conscience et d’existence.

  2. Galerie SpArtS

    Guillaume Toumanian
    « Hors-sol »
    Exposition du 20 novembre au 20 décembre 2014

    La galerie SpArtS soutient le travail du peintre Guillaume Toumanian depuis une dizaine d’années et
    à l’occasion de cette nouvelle exposition personnelle, l’ouvrage « La Vie d’une oeuvre »
    (EditionsTrinôme préface Didier Arnaudet, texte Cécile Croce et entretien avec le collectionneur Alain Moueix)
    est présenté en exclusivité.

    Galerie SpArtS, Paris
    41, rue de Seine
    75006 Paris
    Tel : + 33 (0)1 43 26 05 44
    Email : contact@spartsgallery.com
    http://www.spartsgallery.com

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