Mousses guerrières

Mousses guerrières

Photographies : MAP & Berce
Texte : Sébastien de Cornuaud-Marcheteau
Musique : Moss Garden, David Bowie, 1999
Vidéo : Sébastien de Cornuaud-Marcheteau

Mousses guerrières

Les mousses seraient des bioindicateurs et des bioaccumulateurs de pollution…

Elles ne se contenteraient pas de nous informer de la qualité de l’air, elles auraient l’intelligence de servir de filtre en absorbant métaux et gaz toxiques, au péril de leur vie…

Et nous…

Comment se manifeste notre INTELLIGENCE ?

Cette vidéo a été réalisée en réponse à l’appel à texte « Intelligence végétale » proposé par Fanes de carottes

 

 

Mousses sans racines,
Pionnières d’improbables contrées,
Vous qui progressez inlassablement
Tapies à même votre obscurité,
Vos textures acharnées et pourtant sans chair,
Rongent,
Griffent,
Rognent
Des terrains inconquis,
Des tertres vierges,
D’indomptables troncs…
A la surface de minérales marées,
Sous des écorces écartelées,
Dans des corridors obscurs,
Vos rhizoïdes infatigables foulent
La terre grave,
Le roc nu,
Le bois humide.

Nulle barrière, nul obstacle
N’arrête l’écume verdâtre,
Ce jade moussu aux parfums lourds d’humus,
Cette couleur qui, paraphant votre présence
De filaments chlorophylliens,
Annonce par avance votre invasion.
Algues exilées de leur aquatique condition,
Varech rampant sur l’étendue terrestre,
Epiphyte parasite dont l’invisible expansion
Jamais ne s’arrête.

Vous cheminez sans cesse,
Et votre lenteur incessante et obstinée
Sur l’axe inerte et relatif du temps
Prend les allures équestres
D’un galop permanent.

Mousses séchées, cristallines comme une fleur de roches,
Dans l’attente inespérée de cette pluie salvatrice
Qui gorgera de vie votre matière sèche,
Cette lèpre dorée qui ronge la pierre, asphyxie le bois.
Tel un phénix déshydraté, vous renaîtrez
De la brûlure vive issue de la fraîcheur des eaux.

Mousses guerrières, lichens conquérants
Réseau synaptique tressant les mailles d’un filet
Qui maintient la terre suspendue dans l’espace
Vous ne faites qu’une.

De la même façon que le cerveau
N’ignore jamais ce que fait la main,
Votre conscience perçoit le devenir de toutes,
La souffrances des unes,
La naissance des autres,
L’étouffement,
Le cri victorieux.
La grisaille défaite.

On vous croit guerrières
Et vous n’êtes que des anges…

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